Pourquoi Bali est appelée l’île des Dieux : temples, offrandes et cérémonies
Pourquoi appelle-t-on Bali l’île des Dieux ? La réponse tient en une phrase : sur cette petite île hindoue au milieu d’une Indonésie majoritairement musulmane, le sacré est partout, dans les dizaines de milliers de temples, dans les offrandes déposées chaque matin sur les trottoirs, dans les montagnes et les sources que l’on vénère, et dans un calendrier rythmé par les cérémonies. Les Indonésiens eux-mêmes la surnomment Pulau Dewata, « l’île des divinités ». Voici ce qui se cache derrière ce surnom, et comment le vivre en voyageur respectueux.

Une île hindoue unique au monde
Environ 87 % des Balinais sont hindous, alors que l’Indonésie compte près de 90 % de musulmans. Cette singularité est le cœur de l’identité balinaise. L’Agama Hindu Dharma pratiqué ici ne ressemble à aucun autre hindouisme : il est le fruit d’une longue rencontre entre croyances locales, hindouisme et bouddhisme venus de Java.
Des racines animistes
Bien avant l’hindouisme, les Balinais vénéraient les esprits de la nature et des ancêtres. Montagnes, lacs, rivières, grands arbres : chaque élément pouvait être habité par une force invisible. Les volcans, en particulier le mont Agung et le mont Batur, étaient déjà considérés comme les demeures des dieux. Cette vision n’a jamais disparu : on voit encore aujourd’hui des banians sacrés enveloppés d’un tissu à damier noir et blanc (poleng).
Un hindouisme venu de Java
L’hindouisme et le bouddhisme se sont diffusés à Bali au cours du premier millénaire, puis l’influence javanaise s’est renforcée avec l’empire de Majapahit (XIVe-XVIe siècles), dont une partie de l’aristocratie, des prêtres et des artistes s’est réfugiée sur l’île lors de l’islamisation de Java. Plutôt que de remplacer les croyances anciennes, la nouvelle religion les a absorbées : c’est ce syncrétisme unique qui donne à Bali sa couleur si particulière.
L’île aux 20 000 temples
On cite souvent le chiffre de plus de 20 000 temples (pura) à Bali, sans compter les sanctuaires familiaux présents dans chaque maison. Chaque village coutumier doit en principe entretenir les trois temples du Kahyangan Tiga :
- Pura Puseh, le « temple du nombril », dédié à Vishnou et aux fondateurs du village ;
- Pura Desa, le temple du village, dédié à Brahma, où se tiennent les grandes assemblées religieuses ;
- Pura Dalem, le temple des morts, dédié à Shiva, généralement proche du cimetière.
À cela s’ajoutent les temples de la mer, des lacs, des rizières, des marchés… Pour comprendre leur organisation en cours (jaba, jaba tengah, jeroan) et les règles de visite, lisez notre guide Comprendre les temples de Bali.

Quatre temples qui racontent l’île des Dieux
- Besakih, le temple-mère : sur les pentes du mont Agung, c’est le complexe le plus sacré de l’île, un ensemble de plus de 80 sanctuaires où convergent des pèlerins de tout Bali lors des grandes fêtes.
- Tanah Lot, « la terre dans la mer » : posé sur un rocher que la marée isole, il honore les divinités de l’océan. Arrivez tôt ou restez pour le coucher du soleil.
- Ulun Danu Beratan : il semble flotter sur le lac Beratan et est dédié à Dewi Danu, déesse des lacs dont dépend l’irrigation des rizières.
- Uluwatu : accroché à une falaise au-dessus de l’océan Indien, il accueille chaque soir la célèbre danse Kecak au coucher du soleil.

Tri Hita Karana : vivre en harmonie avec les dieux
La philosophie du Tri Hita Karana, les « trois causes du bien-être », guide toute la vie balinaise. Elle repose sur trois harmonies :
- Parahyangan : l’harmonie avec le divin ;
- Pawongan : l’harmonie entre les humains ;
- Palemahan : l’harmonie avec la nature.
On la retrouve dans l’architecture des maisons, l’organisation des villages et jusque dans le système d’irrigation des rizières, le subak, géré collectivement autour de temples de l’eau et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Les offrandes quotidiennes : le canang sari
Impossible de passer une journée à Bali sans croiser un canang sari : ces petits paniers en feuille de palmier garnis de fleurs, de riz et d’un bâton d’encens sont déposés chaque jour devant les maisons, les boutiques, les temples et même sur le tableau de bord des voitures. Les fleurs sont disposées selon les points cardinaux : blanc à l’est pour Iswara, rouge au sud pour Brahma, jaune à l’ouest pour Mahadewa, bleu ou vert au nord pour Vishnou.

Une offrande n’est pas une demande de faveur : c’est un geste de gratitude, un petit sacrifice (on l’appelle aussi yadnya) qui maintient l’équilibre entre les forces du bien et du mal. Les offrandes posées au sol, elles, sont destinées à apaiser les esprits inférieurs. Pour aller plus loin : les offrandes quotidiennes et leur signification.
L’eau sacrée et la nature divine
Volcans, lacs de cratère, sources, rizières en terrasses : à Bali, la nature n’est pas un décor, elle est sacrée. L’eau occupe une place centrale dans la religion locale, que l’on appelle d’ailleurs parfois Agama Tirta, « la religion de l’eau bénite ».
- Tirta Empul, près d’Ubud : Balinais et visiteurs passent sous les fontaines des bassins sacrés pour se purifier (sarong obligatoire, on suit l’ordre des bassins).
- Goa Gajah, la « grotte de l’éléphant » : un sanctuaire du XIe siècle entouré de bassins de baignade rituelle et d’une végétation luxuriante.

Une île rythmée par les cérémonies
Bali vit au rythme de deux calendriers, le calendrier lunaire saka et le cycle pawukon de 210 jours. Résultat : il se passe une cérémonie quelque part sur l’île presque chaque jour.
- Odalan : l’anniversaire de chaque temple, tous les 210 jours, avec offrandes monumentales, gamelan et danses (Legong, Barong). Si vous en croisez un, sarong et ceinture sont de rigueur.
- Galungan et Kuningan : dix jours où les ancêtres reviennent sur terre ; les rues se couvrent de penjor, ces grands bambous décorés.
- Nyepi : le Nouvel An balinais, une journée de silence total où l’île entière s’arrête, aéroport compris, précédée la veille par les défilés d’ogoh-ogoh.

Chaque mois, nous publions le calendrier des grandes cérémonies, par exemple les cérémonies de novembre 2026 à Bali.
Visiter l’île des Dieux avec respect
- Portez un sarong et une ceinture (selendang) dans les temples ; ils sont souvent prêtés ou loués à l’entrée.
- Ne marchez pas sur les offrandes posées au sol et ne vous placez jamais plus haut qu’un prêtre ou qu’un autel.
- Restez discret pendant les cérémonies : pas de flash, pas de drone, on ne passe pas devant les fidèles en prière.
- Respectez les interdits : l’accès aux zones de prière est souvent réservé aux fidèles, et les femmes en période de menstruation sont traditionnellement priées de ne pas entrer.
Depuis 2024, les visiteurs étrangers paient aussi une taxe touristique destinée notamment à la préservation de la culture balinaise : un rappel que ce patrimoine vivant est fragile face à l’afflux de visiteurs.
FAQ : Bali, l’île des Dieux
Pourquoi Bali est-elle appelée l’île des Dieux ?
Parce que c’est une île hindoue où la religion imprègne tout : plus de 20 000 temples, des offrandes quotidiennes, des montagnes et des sources sacrées, et des cérémonies presque chaque jour. Les Indonésiens la surnomment Pulau Dewata, « l’île des divinités ».
Quels sont les autres surnoms de Bali ?
On l’appelle aussi « l’île aux mille temples », « le matin du monde » (expression attribuée à Nehru) ou encore « l’île de la paix ».
Quelle est la religion à Bali ?
L’hindouisme balinais (Agama Hindu Dharma), pratiqué par environ 87 % de la population. Il mêle hindouisme shivaïte, bouddhisme et culte ancestral des esprits de la nature.
Quel est le temple le plus sacré de Bali ?
Pura Besakih, le « temple-mère », sur les pentes du mont Agung, le volcan considéré comme le centre spirituel de l’île.
Bali n’est pas seulement une destination de vacances : c’est un sanctuaire vivant où le sacré se mêle au quotidien. Prenez le temps d’observer, de demander et de respecter : c’est la meilleure façon de comprendre pourquoi on l’appelle l’île des Dieux.











