Course de buffles Makepung a Jembrana dans l ouest de Bali

Makepung : les courses de buffles de Bali, une tradition spectaculaire de Jembrana

Loin des plages du sud et des rizières d’Ubud, l’ouest de Bali cache l’une des traditions les plus spectaculaires de l’île : le Makepung, les courses de buffles de la région de Jembrana. Deux buffles d’eau parés de couronnes et de rubans, attelés à un petit char en bois, foncent à toute allure sur une piste de terre, poussés par un jockey debout qui les encourage à grands cris. Bruyant, coloré, profondément agricole, le Makepung est une plongée dans une Bali que peu de touristes connaissent. Voici comment comprendre et assister à ce spectacle unique.

Qu’est-ce que le Makepung ?

Le mot makepung vient du balinais kepung, qui signifie « poursuivre » : chaque course oppose des attelages qui se pourchassent sur la piste. Un attelage se compose de deux buffles d’eau (les kerbau) tirant une petite charrette légère, la cikar, sur laquelle se tient un jockey armé d’une baguette.

Les buffles de course n’ont rien à voir avec les animaux fatigués des rizières : ils sont soignés, nourris et entraînés comme des athlètes, et leurs propriétaires en sont très fiers. Le jour de la course, ils portent des couronnes ornementales (rumbing), des étoffes colorées et des cloches de bois dont le son accompagne leur galop. Les chars, eux, sont décorés de motifs peints et de petits drapeaux.

Une tradition née dans les rizières

À l’origine, le Makepung était un simple divertissement de paysans. Après le labour, les agriculteurs de Jembrana s’amusaient à faire courir leurs buffles dans les champs boueux pour savoir lequel était le plus rapide. Au fil des décennies, ces jeux sont devenus de véritables compétitions organisées, avec des clubs, des championnats et des trophées, sans perdre leur dimension communautaire : une course de Makepung, c’est aussi une fête de village, avec musique, nourriture et paris amicaux.

La tradition reste fragile. L’urbanisation, la mécanisation de l’agriculture et le coût de l’entretien des buffles rendent la relève difficile, et les associations de propriétaires se battent pour maintenir les courses en vie. Assister à un Makepung, c’est aussi soutenir une culture rurale menacée.

Comment se déroule une course

Les courses se déroulent sur des circuits en terre en forme de U ou de boucle, longs de plus d’un kilomètre. Les attelages partent par paires, l’un derrière l’autre. Le but n’est pas seulement de franchir la ligne en premier : le règlement tient compte de l’écart entre les deux chars. Un attelage qui rattrape et dépasse son adversaire, ou qui creuse une grande distance, l’emporte. Les juges observent aussi la régularité de la course : un buffle qui sort de la piste ou un jockey qui chute est pénalisé.

Traditionnellement, les participants se répartissent en deux grands groupes rivaux, séparés par la rivière Ijo Gading qui traverse Negara, la capitale de la région : l’est et l’ouest du fleuve s’affrontent tout au long de la saison. Les attelages peuvent atteindre des vitesses impressionnantes, et les jockeys, debout en équilibre, font preuve d’une adresse étonnante.

Makepung Lampit : la version dans la boue

Il existe une variante plus ancienne et encore plus spectaculaire : le Makepung Lampit. Ici, pas de piste sèche ni de char à roues : les buffles tirent une sorte de planche de labour (le lampit) à travers une rizière inondée, en projetant des gerbes de boue. Cette forme, plus proche des origines agricoles du Makepung, est organisée à la saison du labour, avant la plantation du riz. Les photographes l’adorent.

Quand et où assister au Makepung ?

La saison des courses s’étend généralement de juillet à novembre, pendant la saison sèche, avec des compétitions régulières le dimanche matin. Elle culmine avec les grandes finales, dont la coupe du Régent de Jembrana. Des courses spéciales sont aussi organisées lors de fêtes locales ou d’événements officiels.

Les courses ont lieu sur plusieurs circuits de la régence de Jembrana, autour de la ville de Negara, dans l’ouest de Bali : Delod Berawah, Tuwed (district de Melaya), Kaliakah, Mertasari, Pangkung Dalem, entre autres. Les dates et les lieux changent d’une année à l’autre et sont souvent annoncés peu de temps à l’avance : renseignez-vous auprès de votre hébergement, de l’office du tourisme de Jembrana ou des pages locales sur les réseaux sociaux.

Infos pratiques pour s’y rendre

  • Distance : Negara se trouve à environ 3 heures de route de Denpasar ou de Canggu, par la route côtière vers Gilimanuk. Partez tôt : les courses commencent souvent dès le matin et se terminent avant la grosse chaleur.
  • Transport : un chauffeur privé à la journée est la solution la plus simple. La route ouest est très fréquentée par les camions qui rejoignent le ferry de Java.
  • Où dormir : pour éviter l’aller-retour dans la journée, dormez à Medewi (spot de surf réputé, à une trentaine de minutes) ou à Pemuteran, au nord-ouest.
  • Sur place : l’accès aux courses est généralement libre. Prévoyez chapeau, eau et crème solaire, et restez toujours derrière les barrières : un attelage lancé à pleine vitesse peut dévier de sa trajectoire.
  • Combiner : profitez-en pour découvrir le parc national de Bali Barat, la côte sauvage de l’ouest et le temple de Rambut Siwi, perché au-dessus de l’océan.

Et le bien-être des animaux ?

C’est une question légitime. Les buffles de course sont des animaux de valeur, choyés par leurs propriétaires, et les courses sont courtes. Les jockeys utilisent toutefois des baguettes pour stimuler les animaux, ce qui peut heurter certains visiteurs. Les organisateurs encadrent de plus en plus les pratiques. À chacun de se faire son avis, en gardant à l’esprit que la course s’inscrit dans une culture agricole où le buffle est un compagnon de travail respecté, honoré notamment lors de la fête de Tumpek Kandang consacrée aux animaux.

FAQ : le Makepung de Bali

Où voir les courses de buffles à Bali ?

Dans la régence de Jembrana, à l’ouest de l’île, autour de la ville de Negara, sur plusieurs circuits de village.

Quelle est la saison du Makepung ?

Principalement de juillet à novembre, pendant la saison sèche, avec des courses le dimanche et des finales en fin de saison.

L’entrée est-elle payante ?

Les courses de village sont généralement gratuites pour les spectateurs. Certains grands événements peuvent prévoir des tribunes ou une participation.

Envie d’autres traditions vivantes ? Découvrez notre guide des danses traditionnelles balinaises et nos calendriers mensuels des cérémonies.

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *