Cosmogonie balinaise : pourquoi Bali repose sur Bedawang Nala, la tortue cosmique
Demandez à un Balinais ce qui provoque les tremblements de terre, et il vous parlera peut-être d’une tortue géante. Dans la cosmogonie balinaise, le monde repose sur le dos de Bedawang Nala, une tortue cosmique enlacée par deux serpents sacrés, flottant dans l’océan primordial. Ce mythe n’est pas une simple légende pour enfants : on le retrouve sculpté à la base des sanctuaires les plus importants de l’île, et il éclaire toute la vision balinaise de l’équilibre du monde. Plongée dans l’un des récits fondateurs de Bali.
Au commencement : le vide et la méditation
Comme beaucoup de cosmogonies d’inspiration hindoue, le récit balinais commence par le vide. Avant la terre et le ciel, il n’y avait rien d’autre que l’immensité. C’est par la méditation que le monde prend forme : selon la tradition, le grand serpent cosmique Antaboga (ou Anantaboga), plongé dans une profonde concentration, fait naître de son énergie la tortue Bedawang Nala.
Sur la carapace de la tortue sont posés deux serpents, puis la « pierre noire » qui servira de couvercle au monde souterrain. Au-dessus se développent ensuite la terre, l’eau, les montagnes et les différents niveaux du cosmos, jusqu’aux cieux où résident les dieux. Les versions varient selon les textes (lontar, manuscrits sur feuilles de palmier) et les villages, mais l’image centrale reste la même : le monde repose sur une tortue.
Bedawang Nala, la tortue qui porte le monde
Bedawang Nala est représentée comme une immense tortue nageant dans l’océan cosmique, parfois entourée de flammes. Son nom évoque d’ailleurs le feu : nala renvoie au feu, et la tortue est souvent associée au magma et à l’énergie brûlante qui bouillonne sous l’île. Pour une île volcanique comme Bali, dominée par le Mont Agung et le Mont Batur, ce lien entre la tortue, le feu souterrain et la stabilité du sol prend tout son sens.
Selon la croyance populaire, lorsque Bedawang Nala bouge ou s’agite, la terre tremble. Les séismes et les éruptions sont ainsi interprétés comme des signes de déséquilibre dans l’ordre cosmique, qui appellent des cérémonies de purification et de rééquilibrage.
Les deux serpents : Basuki et Antaboga
La tortue n’est jamais seule. Autour d’elle s’enroulent deux naga, les serpents sacrés de la mythologie balinaise :
- Antaboga, le serpent des profondeurs, lié au monde souterrain et à la création.
- Basuki, le serpent associé à l’eau, à la fertilité et à la prospérité. Il est particulièrement lié au temple de Besakih, sur les pentes du Mont Agung, où un sanctuaire lui est consacré.
Ensemble, ils maintiennent la tortue et le monde en place. Leurs corps entrelacés symbolisent la stabilité, mais aussi l’union des forces opposées qui doivent rester en harmonie : la terre et l’eau, le haut et le bas, la création et la destruction.
Où voir Bedawang Nala à Bali ?
Une fois que vous connaissez ce mythe, vous verrez la tortue partout. Elle orne la base du padmasana, le trône de pierre vide dédié au dieu suprême Sanghyang Widhi Wasa, présent dans la plupart des grands temples. Ce sanctuaire représente l’univers tout entier : à son pied, Bedawang Nala, sculptée dans la pierre volcanique et enlacée par les deux naga ; au sommet, le siège vide de la divinité, ouvert vers le ciel.
Lors de votre prochaine visite d’un temple, cherchez ce trône dans la cour intérieure (en restant à distance si l’accès est réservé aux fidèles) : la tortue est généralement visible à sa base. On la retrouve aussi dans les peintures traditionnelles, notamment dans le style de Kamasan, et sur certaines portes et socles sculptés.
Une cosmologie de l’équilibre
Le mythe de Bedawang Nala s’inscrit dans une vision du monde où tout est question d’équilibre. Les Balinais organisent l’univers en trois niveaux, le Tri Loka : le monde inférieur (Bhur), le monde des humains (Bhuwah) et le monde des dieux (Swah). La tortue appartient au monde d’en bas, celui des forces souterraines, que l’on ne combat pas mais que l’on apaise.
C’est tout le sens des offrandes déposées chaque jour au sol, les segehan, destinées aux esprits d’en bas, tandis que les offrandes placées en hauteur sont destinées aux dieux. Cette logique se retrouve dans le principe du Tri Hita Karana, l’harmonie entre les humains, la nature et le divin, et dans les grandes cérémonies de purification qui précèdent Nyepi, le Nouvel An balinais.
Une tortue présente dans toute l’Asie
L’image d’une tortue portant le monde n’est pas propre à Bali. On la retrouve en Inde, avec Kurma, l’avatar tortue de Vishnou, qui soutient la montagne sacrée lors du barattage de la mer de lait, mais aussi en Chine et dans d’autres cultures. Bali a intégré ces influences venues de l’hindouisme indien et javanais en leur donnant une forme propre, enracinée dans son paysage volcanique et son rapport intime à la terre.
Pour poursuivre l’exploration des récits balinais, découvrez nos articles sur les légendes de Bali et la danse du Barong, qui met en scène le combat éternel entre les forces du bien et du mal.
FAQ : Bedawang Nala et la cosmogonie balinaise
Qui est Bedawang Nala ?
C’est la tortue cosmique de la mythologie balinaise, sur laquelle repose le monde. Elle est entourée de deux serpents sacrés, Antaboga et Basuki.
Pourquoi dit-on que Bali repose sur une tortue ?
Selon la cosmogonie balinaise, le monde a été posé sur le dos de Bedawang Nala, née de la méditation du serpent Antaboga. Ses mouvements expliqueraient les tremblements de terre.
Où voir la tortue cosmique à Bali ?
À la base des padmasana, les trônes de pierre dédiés au dieu suprême, présents dans la plupart des grands temples balinais, ainsi que dans les peintures traditionnelles.










