Chamans de Bali : qui sont les balian, ces guérisseurs traditionnels ?
À Bali, quand on tombe malade, qu’on traverse une période difficile ou qu’on cherche une réponse que la médecine ne donne pas, on ne va pas toujours chez le médecin. On va aussi voir le balian. Ces guérisseurs traditionnels, souvent qualifiés de chamans par les voyageurs, occupent une place essentielle dans la vie balinaise : ils soignent le corps, apaisent l’esprit, communiquent avec les ancêtres et rétablissent l’équilibre entre le monde visible et le monde invisible. Rendu célèbre par le livre et le film Mange, prie, aime, le balian attire aujourd’hui de nombreux visiteurs. Qui sont vraiment les chamans de Bali, que font-ils, et comment les consulter avec respect ?
Qu’est-ce qu’un balian ?
Le balian est un guérisseur traditionnel balinais. Il n’est pas prêtre de temple (ce rôle revient au pemangku et au pedanda), mais il est reconnu par sa communauté pour sa capacité à soigner et à entrer en contact avec les forces invisibles. Dans la vision balinaise, la maladie n’est pas seulement physique : elle peut venir d’un déséquilibre entre les éléments du corps, d’une offense faite aux esprits, d’une négligence envers les ancêtres ou de la magie noire (black magic, la pengiwa). Le balian intervient là où ces mondes se rejoignent.
On ne devient généralement pas balian par choix. Beaucoup racontent avoir reçu un appel : une maladie grave suivie d’une guérison inexpliquée, des rêves, une transe spontanée, ou un don hérité d’un parent. Le futur balian passe ensuite des années à apprendre, souvent auprès d’un maître, et à étudier les textes sacrés.
Les différents types de balian
- Le balian usada : le guérisseur « savant ». Il s’appuie sur les lontar usada, des manuscrits anciens gravés sur feuilles de palmier qui recensent maladies, plantes médicinales, mantras et rituels. Il prépare des remèdes à base d’herbes, de racines, d’huiles et d’épices.
- Le balian taksu (ou ketakson) : le médium. En transe, il est habité par un esprit, une divinité ou un ancêtre, et transmet ses messages. Les familles le consultent notamment après un décès, pour savoir si l’âme du défunt est apaisée, ou pour comprendre l’origine d’un malheur.
- Le balian urut : le masseur-guérisseur, qui soigne par le massage et la remise en place des os et des articulations (balian tulang).
- Le balian manak : la sage-femme traditionnelle, qui accompagne grossesses et naissances.
Beaucoup de balian combinent plusieurs de ces pratiques. Les Balinais, eux, consultent sans opposer médecine traditionnelle et médecine moderne : on va à l’hôpital pour une fracture, et chez le balian pour comprendre pourquoi l’accident est arrivé.
Comment se déroule une consultation ?
Il n’existe pas de cabinet ni de rendez-vous en ligne : la plupart des balian reçoivent chez eux, dans la cour de leur maison familiale, souvent tôt le matin. On arrive en tenue correcte (sarong et ceinture), avec une offrande : un canang sari ou un panier d’offrandes préparé, accompagné d’une somme d’argent glissée dedans, la sesari. Il n’y a souvent pas de tarif fixe : on donne selon ses moyens.
La séance varie selon le balian : prière et dépôt des offrandes au sanctuaire familial, diagnostic par le toucher ou par la lecture du corps (certains utilisent un bâton qu’ils pressent sur des points précis des pieds ou des mains, parfois douloureusement), récitation de mantras, application d’huiles ou de remèdes, aspersion d’eau bénite. Le balian peut aussi prescrire des offrandes ou des cérémonies à accomplir, ou une purification par l’eau sacrée, le melukat.
Le rôle du calendrier balinais
À Bali, le moment compte autant que le geste. Les balian, comme les prêtres, consultent le calendrier balinais pour choisir les jours propices (dewasa ayu) à un soin, une cérémonie ou une décision importante. Ce calendrier croise plusieurs cycles : le Pawukon de 210 jours, divisé en 30 semaines (wuku), les semaines de cinq jours (panca wara) et de sept jours (sapta wara), ainsi que les phases de la lune (purnama, la pleine lune, et tilem, la nouvelle lune). Chaque combinaison porte une énergie particulière.
Pour découvrir chaque jour l’énergie du calendrier balinais (wuku, jour de la semaine balinaise, phase de la lune), l’application gratuite Astungkara propose une guidance quotidienne inspirée de cette sagesse, avec un petit rituel et une question à méditer. Une manière simple de garder un lien avec le rythme spirituel de l’île, avant ou après votre voyage.
Ketut Liyer et l’effet « Mange, prie, aime »
Le balian le plus célèbre au monde est sans doute Ketut Liyer, le guérisseur de Pengosekan, près d’Ubud, que rencontre Elizabeth Gilbert dans Mange, prie, aime. Après la sortie du film en 2010, des milliers de visiteurs se sont pressés chez lui pour une lecture des lignes de la main. Ketut Liyer est décédé en 2016, mais le phénomène a durablement transformé le rapport des voyageurs aux guérisseurs balinais : certains balian reçoivent désormais surtout des étrangers, avec des files d’attente et des tarifs affichés.
Consulter un balian en tant que voyageur : nos conseils
- Passez par une recommandation locale : votre hôte, un chauffeur de confiance ou un ami balinais saura vous orienter vers un balian respecté dans sa communauté, plutôt que vers une adresse devenue touristique.
- Méfiez-vous des promesses : un vrai balian ne garantit pas de guérison miracle et ne réclame pas de grosses sommes. Les « chamans » qui démarchent les touristes ou proposent des forfaits onéreux sont à éviter.
- Venez avec humilité : c’est une démarche spirituelle, pas une attraction. Habillez-vous correctement, ne photographiez pas sans autorisation, et acceptez le déroulement tel qu’il est.
- Prévoyez un interprète : la plupart des balian parlent balinais et indonésien, rarement anglais.
- Ne renoncez jamais à un traitement médical : un balian peut accompagner, apaiser, éclairer, mais il ne remplace pas un médecin pour une maladie sérieuse.
Le balian, gardien d’un monde invisible
Comprendre le balian, c’est comprendre que Bali vit dans un monde à deux faces : le sekala, le visible, et le niskala, l’invisible. Les offrandes quotidiennes, les cérémonies, les esprits des arbres et des carrefours, les ancêtres qu’on accueille à Galungan : tout participe d’un équilibre que les balian aident à préserver. Pour aller plus loin, lisez notre article au cœur de la magie culturelle de Bali et découvrez les pawang hujan, ces mystérieux « arrête-pluie ».
FAQ : les chamans de Bali
Comment s’appellent les chamans à Bali ?
On les appelle les balian. Ce sont des guérisseurs traditionnels, qui peuvent être herboristes (balian usada), médiums en transe (balian taksu), masseurs (balian urut) ou sages-femmes (balian manak).
Combien coûte une consultation chez un balian ?
Traditionnellement, il n’y a pas de tarif : on dépose une offrande accompagnée d’un don laissé à sa discrétion. Méfiez-vous des « chamans » qui affichent des prix élevés pour les touristes.
Les touristes peuvent-ils consulter un balian ?
Oui, beaucoup de balian reçoivent des étrangers. Le mieux est de passer par une recommandation locale, de venir en tenue correcte avec une offrande, et si possible accompagné d’un interprète.











