Le bouddhisme à Bali : histoire, syncrétisme Siwa-Buddha et lieux à visiter
On présente souvent Bali comme « l’île hindoue » de l’Indonésie, et c’est vrai : près de neuf Balinais sur dix pratiquent l’hindouisme balinais. Mais derrière les temples à pagodes et les offrandes quotidiennes se cache une histoire beaucoup plus métissée, où le bouddhisme occupe une place discrète mais essentielle. Grottes sacrées millénaires, prêtres bouddhistes officiant aux côtés des prêtres shivaïtes, monastère aux allures de petit Borobudur et temples chinois colorés : voici un voyage dans le bouddhisme à Bali, son histoire et les lieux où le découvrir.
Une religion arrivée avant l’hindouisme balinais actuel
Le bouddhisme est présent à Bali depuis plus de mille ans. Les plus anciennes traces écrites de l’île, de petites tablettes d’argile portant des formules bouddhiques retrouvées dans la région de Pejeng, près d’Ubud, remontent à la fin du premier millénaire. À cette époque, Bali est en contact étroit avec Java, où s’élèvent les grands sanctuaires bouddhiques comme Borobudur.
Au fil des siècles, notamment sous l’influence du royaume javanais de Majapahit, bouddhisme et shivaïsme ne se sont pas affrontés : ils ont fusionné. Les Javanais puis les Balinais ont développé une vision religieuse dans laquelle Shiva et Bouddha sont deux manifestations d’une même réalité suprême. Cette synthèse, souvent appelée Siwa-Buddha, imprègne encore profondément la religion balinaise.
Le bouddhisme caché dans l’hindouisme balinais
L’héritage bouddhique est partout, pour qui sait regarder :
- Les prêtres bouddhistes : à côté des grands prêtres shivaïtes (pedanda Siwa), il existe à Bali des pedanda Buddha, issus de lignées brahmanes bouddhistes. Lors des très grandes cérémonies, ils officient ensemble, côte à côte, chacun selon ses rites et ses mantras.
- Les concepts spirituels : le karma, la réincarnation, la recherche de la libération (moksa) et l’importance de la compassion sont communs aux deux traditions. Notre article sur le karma à Bali montre à quel point ces notions structurent la vie quotidienne.
- L’iconographie : on retrouve dans certains temples des stupas, des niches de méditation et des représentations du Bouddha intégrées à des sanctuaires hindous.
Ce syncrétisme explique en partie la grande tolérance religieuse qui caractérise Bali : pour beaucoup de Balinais, les différentes voies spirituelles mènent au même sommet.
Les bouddhistes de Bali aujourd’hui
Les bouddhistes déclarés représentent une petite minorité de la population de l’île, de l’ordre d’un pour cent. Il s’agit en grande partie de familles d’origine chinoise, installées depuis des générations dans les villes et les ports (Denpasar, Singaraja, Kuta), ainsi que de Balinais et d’Indonésiens d’autres îles ayant embrassé le bouddhisme theravada ou mahayana. Le bouddhisme est l’une des six religions officiellement reconnues en Indonésie, et la fête du Vesak (Waisak), qui célèbre la naissance, l’éveil et la mort du Bouddha, est un jour férié national.
Brahmavihara-Arama, le monastère bouddhiste de Bali
Le lieu bouddhiste le plus connu de l’île se trouve dans le nord, sur les collines de Banjar, à une quinzaine de minutes de Lovina. Le Brahmavihara-Arama est un monastère theravada fondé dans les années 1970. Ses terrasses descendent à flanc de colline au milieu d’une végétation luxuriante, avec une vue magnifique sur la mer de Bali.
On y découvre des salles de prière ornées de statues dorées, des jardins de méditation, des reproductions de reliefs inspirés de Borobudur et un stupa qui évoque, en miniature, le célèbre sanctuaire javanais. Le monastère organise des retraites de méditation (vipassana) ouvertes aux visiteurs à certaines périodes. Tous les détails dans notre article découvrez le temple caché de Brahmavihara-Arama.
Bon à savoir : c’est un lieu de culte actif. Une tenue couvrante est exigée (sarong prêté à l’entrée), on se déchausse dans les salles de prière, et le silence est de rigueur.
Goa Gajah : hindouisme et bouddhisme réunis
Près d’Ubud, le site de Goa Gajah (la « grotte de l’éléphant ») illustre parfaitement la cohabitation des deux religions. La grotte, à l’entrée sculptée d’un visage monstrueux, abrite des symboles shivaïtes. Mais en contrebas, dans le ravin, se trouvent les vestiges d’un sanctuaire bouddhique : fragments de stupas sculptés dans la roche et statues du Bouddha méditant, en partie effondrés dans la rivière. Le site, très ancien, témoigne d’une époque où moines bouddhistes et ermites shivaïtes fréquentaient les mêmes lieux.
D’autres lieux bouddhiques à découvrir
- Pura Pegulingan, près de Tampaksiring (non loin de Tirta Empul) : ce temple hindou a été construit autour des fondations d’un ancien stupa bouddhique mis au jour lors de fouilles.
- Les temples chinois (vihara et klenteng) de Denpasar, Kuta ou Singaraja : couleurs vives, dragons, encens et lanternes rouges, ils mêlent bouddhisme, taoïsme et confucianisme. Le Nouvel An chinois y est fêté avec ferveur.
- Le sanctuaire chinois du temple Ulun Danu Batur : au sein même de l’un des grands temples hindous de l’île, un autel honore une princesse chinoise de la légende balinaise, preuve supplémentaire de ce brassage culturel.
Méditer à Bali : retraites et pratiques
Si l’île est surtout connue pour le yoga, elle offre aussi de nombreuses possibilités de méditation d’inspiration bouddhique : retraites vipassana au Brahmavihara-Arama, cours de méditation de pleine conscience à Ubud, retraites silencieuses de plusieurs jours dans les montagnes. Pour choisir, consultez notre sélection de retraites bien-être à Bali.
FAQ : le bouddhisme à Bali
Y a-t-il des bouddhistes à Bali ?
Oui, une petite minorité, principalement des familles d’origine chinoise et des Indonésiens d’autres îles. Mais l’influence du bouddhisme est bien plus large, car il est intégré à l’hindouisme balinais lui-même.
Quel est le principal temple bouddhiste de Bali ?
Le monastère Brahmavihara-Arama, à Banjar, près de Lovina, dans le nord de l’île.
Hindouisme et bouddhisme sont-ils mélangés à Bali ?
Oui. Depuis l’époque javanaise, les deux traditions ont fusionné dans une synthèse appelée Siwa-Buddha, et des prêtres bouddhistes officient encore aux côtés des prêtres shivaïtes lors des grandes cérémonies.











